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La colonne vertébrale historique : une autre façon de réviser l'histoire

  • Photo du rédacteur: William Dion
    William Dion
  • 26 mai
  • 7 min de lecture

La période de révision débute pour la plupart d’entre nous. Je trouve cette période particulièrement difficile à ‘réussir’. Je dis ‘réussir’ car, à première vue, la révision est un moment clé pour supporter les élèves, et donc, il est impératif d’en faire des périodes productives. 


Mais… chaque année, planifier la période de révision en histoire de secondaire 4 me laisse avec les mêmes enjeux : il y a trop de matière, trop peu de temps, et des élèves qui arrivent avec des besoins complètement différents. Certains élèves sont déjà autonomes et possèdent des méthodes d’étude et de révision efficaces. D’autres, ont besoin d’être appuyés dans cette démarche. Tous doivent y trouver leur compte dans le processus de préparation à l’examen ministériel. 


Pendant longtemps, j’ai essayé de construire la révision parfaite : les meilleures priorités, les meilleurs exercices, les meilleures données, les meilleures stratégies. Mais plus j’essayais d’optimiser chaque détail, plus une impression revenait constamment : mes élèves manquaient peut-être moins d’informations… que d’une structure simple pour organiser l’histoire.


Je me suis retrouvé, au début du mois de mai, au même stade que les années passées. 

Je devais planifier huit périodes pour réviser toute l’année. Huit périodes pour revoir un siècle et demi d’histoire, des dizaines de concepts, plusieurs opérations intellectuelles et une quantité immense de savoirs.


J’ai donc commencé à me poser une autre question : Qu’est-ce qui est réellement le plus utile, le plus structurant et le plus faisable pour les élèves ? Comment assurer une révision optimale, tout en gardant les élèves actifs, engagés et capables de construire eux-mêmes une compréhension cohérente de l’histoire? 


Pourquoi j’ai arrêté de vouloir tout revoir 

Une des premières conclusions auxquelles je suis arrivé est probablement la plus simple : il est impossible de tout revoir efficacement dans le temps disponible. En histoire de secondaire 4, la quantité de contenu est immense. Même avec les meilleures intentions, refaire l’ensemble de la matière de façon détaillée en quelques périodes devient rapidement irréaliste.


Pendant longtemps, cette réalité me dérangeait. J’avais l’impression que pour bien préparer les élèves, je devais revoir le plus de matière possible. Mais, pour revoir le tout, je devais faire des marathons d’enseignement magistral… Imaginez la scène : 

  • Après 45 minutes de révision magistrale, plusieurs élèves semblent encore attentifs… mais en leur demandant une question simple : Comment l’alliance des réformistes mène-t-elle au gouvernement responsable? … Silence… 


D’un côté, les élèves les plus autonomes n’avaient pas nécessairement besoin qu’on leur répète toute la matière. À l’inverse, les élèves en difficulté ou moins autonomes avaient rarement besoin de plus d’informations. Ils avaient surtout besoin :

  • d’une structure claire;

  • d’une façon d’organiser la matière;

  • d’une logique simple pour relier les événements;

  • d’une méthode concrète pour étudier.


Le problème n’était peut-être pas que les élèves n’étudiaient pas assez.


Le problème était peut-être qu’ils n’avaient pas une structure suffisamment claire pour organiser ce qu’ils étudiaient. 


Le vrai problème : les élèves mémorisent souvent sans comprendre

Imaginez qu’un ami veut vous encourager à débuter une série télévisée. Prenons par exemple, la série d’histoire-fiction The man in the High Castle qui propose un monde alternatif dans lequel les Allemands ont découvert la bombe atomique avant les américains. Comment décririez-vous la série?

Voici deux méthodes possibles : 


Méthode #1 : Les faits

The Man in the High Castle se passe dans les années 1960. Les nazis et le Japon ont gagné la guerre. Les États-Unis sont divisés. Il y a une résistance. Certains personnages travaillent pour les nazis. Des films interdits circulent.


Méthode #2 : La trame narrative

The Man in the High Castle raconte un monde où les États-Unis ont perdu la Deuxième Guerre mondiale et vivent sous des régimes autoritaires.

Plus les tensions augmentent entre les nazis, le Japon et les mouvements de résistance, plus certains personnages commencent à remettre ce système en question.

Toute la série tourne autour d’une idée centrale : comment des sociétés peuvent être contrôlées par la peur… et comment des individus finissent par résister.


Évidemment, que l’on voudrait utiliser la deuxième méthode. Nous sommes des professionnels de l’enseignement de l’histoire et nous enseignons déjà l’histoire de cette façon. Parce qu’au final, connaître des faits historiques n’est pas nécessairement comprendre l’histoire.


Un élève peut connaître plusieurs dates, personnages et définitions… sans être capable d’expliquer pourquoi les événements s’enchaînent.

Voient-ils la matière comme une série de faits séparés? (Méthode #1)

  • une liste de dates;

  • des définitions;

  • des événements isolés;

  • des personnages à mémoriser.

Ou sont-ils capables de construire un récit intelligible. Par exemple, pour le chapitre 1, peuvent-ils expliquer comment : 

  • le Canada devient progressivement plus autonome;

  • le fédéralisme est créé;

  • l’industrialisation transforme l’économie;

  • le territoire se développe vers l’Ouest.


Ces exemples forment la trame narrative de ce chapitre. Comme la méthode #2, une fois cette logique comprise, il est plus facile d’y ajouter des éléments complémentaires.


C’est cette réflexion qui m’a amené à construire ce que j’appelle maintenant une « colonne vertébrale historique » : une trame politique et économique simple sur laquelle les élèves peuvent ensuite rattacher les autres savoirs.


Construire une colonne vertébrale historique

Cette idée n’a probablement rien de révolutionnaire. Plusieurs enseignants fonctionnent déjà intuitivement de cette façon. Mais pour moi, le fait d’expliciter clairement cette logique a complètement changé ma manière de penser la révision. 


La logique devient alors la suivante : au lieu de commencer par les détails, j’ai voulu que les élèves construisent d’abord une trame narrative des chapitres.

Par exemple :

  • Trame politique : Acte d’Union → Gouvernement responsable → AANB → Fédéralisme

  • Trame économique : Fin du protectionnisme → besoin de nouveaux marchés → Confédération → Politique nationale


Une date sans logique devient rapidement un détail oublié.


Une date intégrée dans un récit devient beaucoup plus facile à retenir. 


L’objectif n’est pas de réciter des définitions par cœur, mais de comprendre pourquoi les événements s’enchaînent.


En fonctionnant ainsi, l’élève établit une base chronologique et causale sur laquelle il est possible d’ajouter les autres éléments de savoirs importants, tels que l’industrialisation et les migrations. 


Transformer la révision en travail actif

Il aurait été facile d’arrêter ici, et de ‘fournir’ ce récit aux élèves. Un récit, exact, prémâché et optimisé. Mais est-ce que ce fonctionnement est souhaitable pour l’élève?

Une des erreurs les plus fréquentes chez les élèves est de croire que relire équivaut à étudier. 

Relire plusieurs fois donne souvent l’impression de comprendre. Pourtant, plusieurs élèves deviennent incapables d’expliquer la logique des événements dès qu’on retire leurs notes ou leurs cahiers. 

Donc, comment rendre les élèves ‘actifs’ dans leur apprentissage?

L’approche qui a le plus influencé cette réflexion est probablement la méthode Feynman. Feynman soutenait que « si vous voulez comprendre quelque chose, essayez de l'expliquer simplement »

En histoire, cela signifie qu’un élève devrait être capable d’expliquer, avec des mots simples :

  • comment l’Acte d’Union mène au gouvernement responsable;

  • comment la participation du Canada à la Première Guerre mondiale mène à son autonomie politique;

  • comment la Révolution tranquille transforme le rôle de l’État.

Lorsque l’élève bloque, hésite ou devient confus, cela indique souvent précisément où se trouve son incompréhension.


De la théorie au concret

Toute cette réflexion m’a finalement amené à construire un cahier de révision centré sur une idée simple : aider les élèves à organiser l’histoire avant de tenter de tout mémoriser.


Le but du cahier n’est donc pas de résumer toute la matière de façon encyclopédique. Au contraire, j’ai essayé de simplifier la révision autour d’une « colonne vertébrale » historique : les grandes transformations politiques et économiques qui permettent ensuite d’accrocher les autres savoirs.


Chaque chapitre débute donc par quelques idées principales à comprendre avant d’entrer dans les détails. Par exemple, avant de mémoriser les personnages, les dates ou les revendications du chapitre 1, l’élève doit d’abord être capable d’expliquer :

  • comment le Canada devient plus autonome;

  • pourquoi le fédéralisme est créé;

  • comment l’industrialisation transforme l’économie;

  • pourquoi le territoire se développe vers l’Ouest.


Puis, l’élève doit s’approprier des faits importants : Temps, espace, personnages et concepts importants. 


Puis, l’élève complète des schémas synthèses et des lignes du temps afin de construire progressivement un récit cohérent entre les événements. L’objectif n’est pas seulement de connaître des savoirs, mais de comprendre la logique générale qui structure chaque période historique.


Exemple du chapitre 1 :

Au final, l’objectif de cette approche est de donner un objectif de révision simple aux élèves : Expliquer dans ses mots, les éléments principaux de chaque chapitre. 


Le rôle d’Entic dans cette approche

Dans cette logique, Entic devient surtout un outil de rétroaction et de vérification. 


Le cahier sert à construire la compréhension.


La plateforme, elle, permet ensuite de vérifier :

  • ce que l’élève comprend réellement;

  • quels éléments restent fragiles;

  • quels savoirs sont plus difficiles;

  • où concentrer les efforts.

Les élèves ont accès :

  • à des questionnaires de révision;

  • à des données sur leur réussite;

  • à des couleurs associées à leur niveau de compréhension;

  • à des résultats plus précis selon les éléments de matière.


L’objectif n’est pas seulement de donner une note, mais d’aider l’élève à identifier ce qu’il doit retravailler.


Pourquoi j’ai conservé les pratiques d’examen

Même si la compréhension est centrale, la pratique d’examen demeure essentielle. 

Évidemment, la compréhension seule ne suffit pas complètement à préparer un élève à l’examen ministériel. Les savoir-faire liés à l’analyse de documents, à la lecture des questions et à la gestion du temps ont déjà été travaillés tout au long de l’année.


La période de révision ne devient donc pas un moment pour réenseigner l’ensemble de ces compétences, mais plutôt un moment pour consolider la compréhension historique et vérifier si les élèves sont capables de mobiliser leurs connaissances dans un contexte d’examen.


Ce que j’essaie réellement de développer

Au final, mon objectif n’est pas seulement de préparer les élèves à réussir un examen ministériel.

J’essaie surtout de développer leur capacité à :

  • organiser leur pensée;

  • expliquer clairement;

  • faire des liens;

  • comprendre une logique historique;

  • devenir plus autonomes dans leur étude.


Parce qu’en histoire, comprendre la logique générale d’un chapitre est souvent beaucoup plus puissant que mémoriser une centaine de détails isolés.


Est-ce que cette approche est parfaite? Certainement pas.


Les élèves demeureront différents. Certains auront besoin de plus d'encadrement, d'autres de davantage de pratique ou de temps.


Mais si mes élèves quittent la période de révision capables d'expliquer les grandes transformations qui ont façonné le Québec et le Canada, de faire des liens entre les événements et d'organiser leur pensée historique, alors j'aurai l'impression d'avoir atteint l'essentiel.


Après tout, comprendre l'histoire a toujours été plus important que mémoriser une liste de faits.


Et comme l’a dit le maréchal prussien Helmuth von Moltke : « Aucun plan de bataille ne survit au premier contact avec l’ennemi. »


 
 
 

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