Apprendre à ajuster : 100 jours d’enseignement par diagnostic en pratique
- William Dion
- 6 févr.
- 7 min de lecture
Nous venons de franchir le cap des 100 jours d’école. La mi-année est maintenant derrière nous. Il est donc temps d’écrire ce billet, et d’établir certains constats de ces 100 jours.
Ce billet ne vise pas à présenter un modèle à reproduire, mais un arrêt sur image. Il s’agit d’un regard honnête sur ce que l’enseignement par diagnostic permet, sur ce qu’il révèle… et sur les ajustements qu’il impose lorsqu’il est mis à l’épreuve du quotidien de la classe.
Constats :
Réduction marquée des élèves en grand danger (50% et -) de 27% à 3% des élèves.
Progression marquée dans la réalisation des OI :
Mettre en relation des faits : +20%
Établir des liens de causalité : +17%
Progression constante dans l’analyse de documents :
Analyser un texte : +6%
Analyser une image : +14%
Progression de 56% des élèves au chapitre 2
Ces constats donnent un aperçu des effets observés à la mi-année. Le chapitre 2 constitue un bon terrain pour comprendre comment ces résultats se construisent concrètement, à travers l’organisation du temps, des tâches et des interventions en classe.
N.B. : Les données présentées servent à appuyer les observations professionnelles de l’enseignant.e. Elles doivent être interprétées avec prudence, en raison de leur variabilité, et ne constituent ni une finalité ni un jugement en soi, mais un outil pour éclairer les décisions pédagogiques.
Chapitre 2
Le chapitre 2 devait initialement s’échelonner sur une vingtaine de périodes. De celles-ci, deux périodes ont été consacrées au visionnement d’un film sur Louis Cyr et une période a été annulée en raison d’une tempête de neige, ce qui ramène à 17 périodes effectives en classe. La structure du chapitre a donc été pensée à partir de ce temps réel disponible, en organisant ces périodes de façon à équilibrer l’enseignement de la matière, le travail des élèves, la révision et l’évaluation.
Cette organisation a permis de maintenir un équilibre entre l’évaluation, la révision et l’apprentissage en cours de route, tout en laissant une place centrale au travail des élèves et à l’enseignement par diagnostic. Voici un bref rappel de cette méthode :
L’enseignement par diagnostic est une méthode pédagogique qui s’appuie sur des évaluations en aide à l’apprentissage (formatives) récurrentes et sur la culture des données, afin d’orienter l’enseignement vers les savoirs et savoir-faire dont les élèves ont le plus besoin.
Planification du chapitre 2 :
Avant d’analyser les résultats, il est essentiel de s’attarder à la structure réelle du chapitre et à la façon dont le temps de classe a été utilisé. Ce graphique présente la répartition des minutes consacrées au chapitre 2, sur un total de 17 périodes effectives.

On y observe que :
Dans les périodes d’enseignement régulier du chapitre :
le temps d’enseignement explicite est volontairement limité (210 minutes) ;
le travail actif des élèves occupe la place centrale (315 minutes).
Une part importante du temps est consacrée à l’évaluation et à la consolidation :
300 minutes pour les examens ;
300 minutes pour les périodes de révision.
Deux périodes thématiques (150 minutes) ont été consacrées à la Première et à la Seconde Guerre mondiale :
ces cours visaient d’abord à développer le goût de l’histoire ;
sans cibler directement les contenus spécifiques du PFEQ.
Cette répartition n’est pas le fruit du hasard, mais d’un choix pédagogique assumé : réduire le temps magistral afin de dégager davantage de temps pour observer les élèves au travail, intervenir de façon ciblée et ajuster l’enseignement en continu.
Résultats au chapitre 2
Je suis maintenant plutôt certain que vous vous dites : Mais c’est impossible de passer la matière d’un chapitre entier en 210 minutes, soit environ 30 minutes par cours, sur 7 cours consacrés à cet objectif. L’objectif n’est pas de démontrer que la matière peut être « compressée », mais plutôt d’observer ce qui se produit lorsque le temps d’enseignement explicite est volontairement limité au profit du travail actif des élèves et d’interventions ciblées.

Ces résultats doivent être interprétés avec prudence. Ils ne permettent pas d’isoler un facteur unique, mais offrent des indices cohérents avec les choix pédagogiques posés tout au long du chapitre.
Ce graphique nous permet d’observer :
La moyenne et la médiane progressent de façon modérées
Il y a une concentration des résultats.
Il y a une forte progression des élèves en danger (50%-).
Maintenant, il est intéressant d’observer le niveau de progression par tranche :
Tranche de progression | Nb d’élèves | < 55 % au Ch.2 |
Régression forte (≤ −5) | 5 | 1 |
Régression légère (−4 à −1) | 5 | 1 |
Stable (0) | 2 | 0 |
Progression modérée (1 à 5) | 7 | 2 |
Progression forte (> 5) | 7 | 2 |
Total | 26 | 6 |
Ce tableau nous indique que la majorité des élèves ont progressé ou sont restés stables. Parmi les élèves qui ont subi une régression, deux sont toujours en situation de danger. Ces élèves sont donc à surveiller de façon particulière. Pour ce qui est des élèves encore en danger, mais qui progressent, il est important d’encourager les actions qu’ils sont entrepris lors de ce second chapitre afin de continuer cette progression.
Maintenant, attardons-nous à la progression par type d’évaluation. Le graphique suivant en comporte quatre :
Section A : Évaluation des OI - Pondération 70%
Section B (ou C1) - Pondération 12%
Section C (ou C2) - Pondération 12%
Entic (révision sur la plateforme Entic) - Pondération 6%

Ce graphique permet d’observer une progression générale, notamment pour la Section B et les évaluations Entic. Pour la section A, l’examen de fin de chapitre 2 a été plus difficile que celui de mi-chapitre. Il reste à voir quelle tendance suivront les prochains examens. Pour ce qui est de la section C, une modélisation plus exhaustive a été réalisée avant la réalisation de l’examen de fin de chapitre 2.
Ceci étant dit, les résultats aux examens peuvent être hautement variables, considérant la difficulté de produire des examens qui sont de difficulté égales.
La pratique en classe
Tel que mentionné plus tôt, ma pratique se déroule autour de l’enseignement par diagnostic. C’est–à-dire une boucle de rétroactions différenciées et individualisées selon les besoins déterminés au courant d’une séquence d’enseignement, et ce, grâce à l’apport de données en temps réel. L’objectif de ce billet n’est pas d’expliciter le tout en détail, la formation dure au moins 2 heures… Mais voici tout de même la séquence d’enseignement illustrée.

Cette séquence se répète à quelques cours d’intervalle, soit généralement 2 à 3 cours. Elle est décortiquée en 4 étapes (vous pouvez voir un aperçu ici : L’enseignement par diagnostic .pdf) :
Questionnaire : L’élève fait un questionnaire sur la plateforme Entic. Une fois terminé, il fait la correction de ce dernier avec le formulaire suivant : Cahier de correction.pdf
Le bilan diagnostic : Établi par la machine, étayé par les observations de l’enseignant.e, permet de cibler les exercices à réaliser pour chacun, et les diriger vers ces derniers.
Interventions pédagogiques et didactiques : L’enseignant.e détermine les interventions à faire au niveau du groupe et/ou d’élèves en particulier afin de cibler leurs défis.
Suivi de la progression : Vérifier, à l’aide de données et d’observations, l’effet des interventions pédagogiques et didactiques.
Ce que j’ai appris
Rencontre avec les élèves individuellement : Le chapitre 2 a débuté avec trois cours durant lesquels j’ai pris le temps de rencontrer tous mes élèves, un à un (avec quelques interventions de discipline et la menace de faire analyser des textes pendant les 10 prochains cours s’ils ne collaboraient pas!!). Ces rencontres m’ont permis de créer un lien avec chacun de mes élèves. Nous avons principalement discutés de leurs difficultés, de leurs réussites, et surtout, nous avons établi des pistes de solution pour le chapitre 2. Ces rencontres ont eu un effet très positif sur plusieurs élèves. J’ai vu l’attitude envers leur réussite changer, et, leur résultats augmenter!
Travail en dyades et/ou groupes : Voyant les bons résultats de ce type de travail au premier chapitre, j’ai étendu l’offre à plus d’élèves. La majorité de ceux qui ont accepté le contrat tacite de travail en dyades ont progressé. Cependant, certaines de ces unions, héritées du premier chapitre, ont pris leur progression pour acquise, et ont relâché l’effort.
Gestion de classe : La différenciation pédagogique, lorsqu’elle est intégrée au quotidien de la classe, transforme non seulement l’apprentissage, mais aussi la dynamique du groupe. Plusieurs défis apparaissent naturellement au niveau de la gestion de classe. J’ai, en général, été beaucoup plus conciliant au chapitre 2 qu’au chapitre 1. Cela a eu pour effet d’apporter de la vie dans le cours, notamment lors des présentations magistrales (tout particulièrement les cours sur la Première et la Seconde Guerre mondiale). Cependant, cette énergie a eu tendance à percoler lors des périodes d’exercices, qui se sont avérées de moins en moins efficaces au courant du chapitre.
Les prochaines étapes - le chapitre 3 :
À la lumière de l’analyse de la mi-année, voici une liste des actions à poser pour le prochain chapitre :
Production des rapports individualisés Rapport_Progression_Exemple.pdf : Il sera difficile de répéter la rencontre de chacun des élèves lors de ce chapitre. Cependant, ils ont chacun reçu un court rapport d’une page qui leur permet de voir leur progression au niveau des évaluations et de la réalisation d’opérations intellectuelles. De plus, certaines notes personnalisées prises lors de la correction de diverses évaluations ont été intégrées. Cela a pour objectif de permettre à chaque élève de prendre conscience de sa situation et de trouver des moyens d’y remédier.
N.B. : Cette étape peut être réalisée grâce aux données amassées dans le cadre de la plateforme Entic.
Réalisation de contrats : En se basant sur les notes, la progression et l’autonomie des élèves, une proportion de ces derniers se sont vus offrir des contrats de réussite à remplir : Gabarit_contrat_plan_de_match.docx.pdf. À l’intérieur de ces derniers, les élèves doivent déterminer des pistes de solution à mettre en place, et s’engager à venir à une série de récupérations durant le chapitre. Ceci a pour objectif de responsabiliser l’élève envers sa réussite ainsi que de permettre de réaliser quelques interventions individualisées plus difficiles à réaliser en classe.
Resserrement de la gestion de classe : Il semble y avoir eu une baisse de la qualité du travail fait en classe lors de la dernière partie du chapitre 2. La mise au travail se faisait plus lentement, et de façon généralement moins appliquée que durant les séquences d’enseignement précédentes. Je vais procéder à un léger calibrage afin de permettre à tous d’avoir un environnement propice à l’apprentissage.
Ce bilan de mi-année confirme que l’enseignement par diagnostic n’est ni une méthode clé en main ni une solution rapide. C’est une posture exigeante, qui oblige à observer, ajuster et parfois recadrer, mais qui permet de rapprocher l’enseignement des besoins réels des élèves.


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